Aberri eguna 2006

Aberri eguna 2006: "l'avenir d'Euskal Herria revient aux citoyen(ne)s basques" (2006-04-16)
Nous tenons cet Aberri Eguna 2006 à un moment spécial. Udalbiltza reconnaît l'importance de ce moment. Bien qu'il nous reste encore beaucoup à faire (comme, par exemple, revendiquer et tenir l'Aberri Eguna au-delà de l’intérêt des partis politiques et conjointement), il est évident que l’énorme travail par ce peuple a donné ses fruits, tant en ce qui concerne la construction nationale, que dans le cadre de la résolution du conflit.

En 2003, une semaine avant l'agression à Udalbiltza, lors de l'Aberri Eguna tenu à Amaiur, l'institution nationale a proposé la création d'un espace pour la réflexion comme nation. La proposition d'Udalbiltza s'est matérialisée pour l'Aberri Eguna 2004 : le Forum de Débat National a émis ses propositions pour la construction nationale et pour la résolution du conflit. Un an plus tard, lors de l'Aberri Eguna 2005, les deux propositions ont donné leurs fruits : d'une part, l'Accord Démocratique de Base et la Table pour l'Accord et, d’autre, le plan national et l'Assemblée pour le Développement National.

Aujourd'hui nous nous trouvons à un moment rempli de possibilités. Pour nous tous et toutes, le moment est arrivé de profiter des occasions qui se sont ouvertes. Le moment d'agir avec prudence est arrivé et, comme l’a fait l'organisation ETA, nous, tous les autres acteurs nous devons aussi être à la hauteur dans cette nouvelle situation qui est ouverte. Nous avons acquis la maturité suffisante et, maintenant, nous nous trouvons au le point de départ, il nous revient de marcher sur la voie de la résolution démocratique. Probablement, le chemin ne s'avérera pas facile, puisque les bases du conflit que nous vivons sont profondément enracinées, mais les conditions nécessaires pour la résolution définitive de ce conflit international de caractère politique et historique sont déjà là.

De fait, le conflit n'est pas apparu le siècle passé, avec la fondation d'ETA; et les 3.000 navarrais et navarraises que le soulèvement fasciste a fusillé et le bombardement de Gernika démontrent le contraire. Ceux qui situent les racines du conflit dans la naissance du nationalisme classique ne disent pas non plus la vérité, au XIX: c'est le reflet du conflit subi par 4.000 déportés labourdins par la France à la fin du XVIII siècle, tout comme le soulèvement et l'exécution de Bernard de Goyhenetche "Matalaz", un siècle avant. Ce pourrait être l'exemple le plus clair de l'occupation militaire du XVI siècle, mais ce n'est pas le premier, ni le seul: preuve en est la résistance de Treviño.

Ils nous ont appelé le Vasconia, Royaume d'Iruñea, Royaume de Navarre, Bizcaye, Pays basque-Navarrais, Euzkadi, Pays Basque ou Basque Country. Des siècles ont passés, mais le vieux conflit entre deux états aujourd'hui membres de l'UE et une nation sans état perdure aujourd’hui encore. Toutefois, ce caractère de nation sans état n'est pas la seule situation institutionnelle qu’a vécu ce peuple de langue pré-indoeuropéenne ni le statut qu'ont démocratiquement décidé les citoyen(ne)s basques. Précisément, la clé du conflit réside dans le fait que ce peuple, en général, et les citoyens qui intègrent ce peuple, en particulier, ne sont pas titulaires de droits nationaux.

C’est pour cela que nous affirmons que les voies décisives qui ont été utiles pour dépasser des conflits analogues doivent aussi être appliquées à Euskal Herria, et que le cadre juridico-politique en vigueur ne peut renfermer aucun obstacle insurmontable. Le cessez-le-feu d'ETA n'est pas le début de la fin d'un conflit interne de l'État espagnol, mais une grande contribution pour la résolution du conflit qu’Euskal Herria a subi pendant des siècles, une occasion inégalable de dépasser ce conflit historique et international de caractère politique.
Un cessez-le-feu unilatéral n'est pas synonyme de paix. La paix est la conséquence de la résolution du conflit, mais on ne peut le considérer comme définitivement résolu tant que tous les droits repris dans les traités internationaux ne sont reconnus et ne soient garantis à tous les citoyen(ne)s, de toute Euskal Herria. Maintenant, toutefois, nous avons plus de possibilités que jamais pour atteindre cet objectif.

Pour y arriver, nous devons mettre en marche un processus démocratique qui n'exclut personne et offre toutes les garanties, et nous devons donner tout le protagonisme à la citoyenneté basque. Il ne revient aux états français et espagnol seulement de respecter la décision que nous prenons. L'aide des pouvoirs internationaux a aussi une grande importance dans la résolution de conflits internationaux mais, pour cela, ils doivent avant être conscients de la dimension internationale du conflit. Ils doivent garantir que des conditions démocratiques nécessaires pour le processus soient là, et ils peuvent réaliser un grand travail pour soutenir celui-ci, d'une manière impartiale.

Les initiatives mises en marche en 2003 par Udalbiltza, lors de l'Aberri Eguna d'Amaiur et dans le parc de Miramon, ont contribué à parvenir à la situation où nous nous trouvons aujourd'hui et, un cycle s’est terminé, il est temps d’en commencer un autre. En s'adaptant à la nouvelle situation et en collaboration avec les nouveaux acteurs apparus, Udalbiltza doit s'adapter et se transformer en l'espace national de tous les élus municipaux d'Euskal Herria, en dégageant la philosophie dessinée par les cinq principes approuvés au palais Euskalduna: la revendication de la reconnaissance politique de la nationalité d'Euskal Herria, la construction de sa structure politique sur la base de sa territorialité, la promotion de la construction nationale, la promotion de la collaboration entre les élus municipaux et, finalement, montrer Euskal Herria dans le processus européen et face au monde.

Aujourd'hui, lors de l'Aberri Eguna 2006, à un moment où les conditions du processus qui pourrait résoudre le conflit sont apparues, Udalbiltza annonce sa contribution et son engagement, et revendique que soient reconnus tous les droits à toute la citoyenneté basque dans toute Euskal Herria, puisque les clés d'une résolution définitive sont tous les droits, toute la citoyenneté basque et Euskal Herria.

Le premier élément, "tous les droits", nous le représentons au moyen de la Charte de Droits d'Euskal Herria, par la somme des droits repris par les traités internationaux, adaptés à la réalité basque.

Le second élément est situé dans la «citoyenneté basque» ; de fait, il n'y a pas d’Euskal Herria possible sans citoyen(ne) basque. En vue de montrer les citoyen(ne)s basques face au monde, Udalbiltza a mis en marche, en 2001, la Déclaration de nationalité Basque et donne un nouvel élan à cette initiative et la met en rapport avec le processus politique, en remettant des milliers de demandes officielles pour le respect de la nationalité au Haut Commissaire des Nations Unies pour les Droits Humains.

Le troisième élément de cet ensemble réside dans "Euskal Herria", qui, dans le but de dépasser la déformation qui a été maintenue en vigueur pendant des siècles, nous présentons au moyen du livre Euskal Herria en Chiffres, une photographie complète de la réalité nationale d'Euskal Herria. Il s'agit d'un moyen pour la construction nationale ; un instrument pour l'établissement de politiques, d’interventions et de priorités ; et une contribution pour l'objectivation et la récréation de la subjectivité collective d'Euskal Herria. En définitive, il s'agit du reflet du témoignage d'Euskal Herria : trois millions d'habitants, 685 communes, sept territoires, une nation.

Aujourd'hui, en plus de reprendre la Charte de Droits et socialiser son contenu, en réponse à la demande du Forum de Débat National, Udalbiltza élabore un rapport qui rassemble les violations de droits subies par la citoyenneté basque, afin que la Commission des Droits de l’Homme des Nations Unies, le Forum de Débat National, la société, en général, et la citoyenneté basque, en particulier, aient connaissance des violations de droits subies par la citoyenneté. La nécessité s'avère évidente : refuser la licence à la seule radio qui émet dans euskera en Iruñerria est une violation des droits linguistiques; l'interdiction de tenir l'Aberri Eguna, sous le prétexte de l'idéologie des personnes convoquant cet acte, est une violation des droits civils et politiques; l’arrestation pour s’être identifié avec l'EHNA est une atteinte grave au droit à une nationalité. Et ce ne sont que quelques exemples de ce qui s’est passé cette semaine à Iruñea.

Udalbiltza reconnaît l'importance de ce moment. Plus que la prudence et l’espoir, il est temps d’activer Euskal Herria et de prendre des engagements, et nous avons convoqué cet acte qui finit déjà pour déclarer que nous sommes disposés à nous réaffirmer dans le nôtre. Concrètement, notre objectif est situé dans la restructuration de l'espace commun de touts les élus municipaux d'Euskal Herria, dans le respect des cinq principes de la déclaration politique approuvée lors de la fondation d'Udalbiltza. Par conséquent, nous déclarons notre volonté de parcourir jusqu'à la fin le chemin entrepris dans la défense des droits de la citoyenneté basque, revendiquer les mêmes droits d'autres nations du monde et promouvoir le processus, avec l'ensemble de la citoyenneté basque.

Comme nous l’affirmions au palais Euskalduna, "l’avenir d'Euskal Herria revient aux citoyen(ne)s basques. Le temps est venu pour notre peuple".

Zorionak, Euskal Herria!
Iruñea, Aberri Eguna 2006